mercredi 30 janvier 2013

Mourir debout ou vivre à genoux : le pamphlet de Galibert.

Le propre d'un ouvrage fulgurant est d'être dense, lumineux, et comme la foudre renfermer une énergie vitale que le titre ici "Suicide et Sacrifice" ne laissait pourtant pas espérer.



Le postulat de Jean-Paul Galibert est que le capitalisme d'aujourd'hui possède des propriétés qui lui sont propres. Il part du constat chiffré qu'avec 900 suicides/mois, la France de ces dernières années ressemble à une considérable boucherie (mais on pense aussitôt à la vague de milliers de suicides chez les chefs d'entreprises Italiens, serrés à la gorge ou endettés à vie par leurs banquiers) mais par un vice caché, le suicide est aussi le dernier souci de nos dirigeants (11 000 pers./an, plus que la route).

A la recherche du mobile de ce crime parfait sans coupable, Galibert se dit "Quel peut bien être l'intérêt des nos sociétés à voir ce fléau social et humain augmenter ?". Inspiré par des travaux de Foucault mais aussi des récents ouvrages de J. Généreux ou Naomi Klein, le philosophe nous emmène très, très loin, dans un style brillant, acerbe, éclairant et foutrement fort ! 

D'ordinaire flanqué de préfixes comme ultra ou néo, Galibert requalifie le mode de production. Nous sommes entrés depuis une vingtaine d'années en Hypercapitalisme

Pas le capitalisme à-la-papa de production de valeur qui réinvestissait bien dans la production réelle, non, non, un animal bien plus rampant : Celui qui n'a plus besoin des salariés-mêmes, celui inspiré des camps de travail chinois, russes ou allemands du XX°siècle. Celui qui offre à l'investisseur anonyme et lointain des profits confortables, mais dont les victimes sont plongées dans l'inconfort de l'angoisse (d'être viré) ou de la faim (émeutes en Asie), travailleurs réduits à l'état suicidaires, victimes incarnées aujourd'hui par les Good-Year (je salue mon ami Virgilio Da Silva, de Sud-chimie) les Contis, les Florange.

"Hypercapitalisme", heureuse contraction qui décrit ce Kapitalisme qui n'a plus rien d'humain, ni dans les procédés ni dans les objectifs, évoluant librement comme le renard libre au milieu de nous autres, volailles populaires.

Galibert emprunte cette porte d'entrée pour en ouvrir d'autres : 

à l'hypercapitalisme correspondent les hyperexigeances d'une entreprise moderne (Orange, Disney) au fascisme à peine larvé, aux méthodes managériales écrasant les cadres mais détruisant les petites-mains, et tous ceux qui, une fois poussés vers la sortie quand ils sont encore vivants ou en bonne santé, continuent de produire dans le sous-circuit rentable de la recherche d'emploi, de la formation continue, de la marchandisation des diplômes, des permis de travailler... L'Hypertravail.

Nous voilà contraint de continuer à produire par un travail d'imagination où nous-mêmes sur-valorisons ce que nous allons payer (aidés en cela par des médias omniprésents) en se serrant trois crans de ceinture ou pire, pour essayer d'atteindre ce que nous n'avons pas les moyens de nous payer (mais la prison du Crédit y rémediera un temps). Nous rêvons notre existence, plongés dans une inexistence au travail. Nous nous représentons l'espoir, nous nous projetons positivement un avenir toujours plus proche, le tout exploit ultime, dans un environnement mortellement angoissant et incertain.

Comment s'étonner dès lors que le suicide individuel -ou son état rentable- l'état suicidaire, n'accompagne pas le suicide collectif de nos sociétés "hétéro-dirigées" (comme disait Eco), menées d'une main de fer par Mme T.I.N.A ?

Mais à la lecture de cet ouvrage clair et simple au sous-titre sombre en diable "Le mode destruction hypercapitaliste", se fait jour un sens inattendu :

  • L'état suicidaire où l'être humain sain et sociable se replie, en perte de liens et de sens, en observation pour éviter d'être en prédation, cet état de larve du suicidaire est un effet induit -et souhaité- d'un marché du travail saturé où chacun joue un rôle désespéré. 

Clef de compréhension déjà précieuse à ce stade pour tous ceux qui se sont culpabilisés un jour : "Faut-il que je sois si faible pour me trouver si mal ?"...


Mieux, pour Galibert -si je traduis bien l'esprit de son pamphlet- la vraie révolte n'est ni dans le repli suicidaire ni dans l'échec du suicide avéré. Le suicidaire, loin de se mouvoir contre quoi que ce soit, consent silencieusement aux effets de l'hypercapitalisme. Il lui rend service. Il entretien la terreur qui pèse sur ceux qui restent et seront peut-être les prochains. 

Se dégagent alors des horizons insoupçonnés qui sont de nature à guérir, ou à soigner au moins, des postures culpabilisantes restées sans réponses quand, entre ces lignes, l’on perçoit bien que l’état suicidaire est un consentement, non une posture de révolte par le repli. 

Les dernières lignes, assez lumineuses, de cet ouvrage non moins éclairant que je viens de terminer avec joie contiennent une puissance positive explosive, où Galibert réinterroge le fameux dilemme de Hamlet "Être, ou ne pas être". Il observe qu'il s'agit plutôt qu'un tétralemme : 

"Vivre sans exister, c'est souffrir, subir les injustices qu'il énumère, être exploité. Exister sans vivre, c'est révolter et être tué. Être mort sans exister, c'est le suicide... quant à la vie existante, c'est l'art, la création, ici le théâtre, seul facteur de vérité et joie."



















dimanche 13 janvier 2013

Eau(x) trouble(s)


La question de savoir s'il faut manger bio pour être en bonne santé est de plus en plus souvent posée en consultation, et les médecins ne savent pas quoi répondre... Le Pr Joyeux explique la relation entre la santé et les maladies de civilisation : le diabète, l'obésité, les cancers et les maladies auto-immunes (des rhumatismes à l'Alzheimer) à travers son expérience de chirurgien du cancer et de chercheur.

Le Pr Henri Joyeux nous parle d'alimentation, à nous qui ne sommes peut-être pas captifs du Lidl d'à côté, enfin pas captifs... à part l'écrasant rouleau compresseur de l'agriculture intensive... jusqu'à notre inéluctable période de chômage longue ou de RSA...


http://www.graffic.fr/product.php?id_product=11

Par contre on nous oblige nous, Français de tous âges et tous bords, à respirer au cul à particules des voitures diesels plus qu'aucun autre pays au monde (75% du parc automobile)

En hiver, Monsieur mange dans sa voiture, moteur allumé ? Pas grave, c'est la boîte qui paye, même si  des poussettes passent à proximité ou que des personnes attendent un bus, on bouffe pendant que d'autres respirent, ou essaient de respirer... qu'est-ce qu'on en a à foutre ?
En été, Madame attend son fils qui descend au volant de sa voiture climatisée ? Moteur allumé là aussi, on respire trop bien (à Paris par temps froid) et les émanations gazeuses n'ont aucun impact sur le climat ni sur les mers...

Terre, air, mer, tout est impacté. Comment dans ces conditions ne pas en subir les conséquences ? Sans parler de la pollution électro-magnétique  des radars, des antennes-relais, des portables, des micro-ondes...  

Sans parler de la pollution de l'eau, de la pollution des sols agraires, ds cocktails de 5000 molécules qui se promènent dans l'environnement, progestérones dans l'eau, benzènes dans la poële à frire, etc. etc. Sans parler de la pollution intellectuelle qu'on appelle mass-media.

Et au beau milieu de ce gigantesque merdier (utilisons la langue française) quelques rares citoyens consciencieux éteignent leur moteur quand ils téléphonent à leur maîtresse ; d'autres cultivent, comme une goutte d'eau distillée au milieu de l'océan, de la nourriture "bio", en fait une nourriture normale.






Cancérologue, chirurgien digestif. Professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la Faculté de Médecine de Montpellier. Spécialiste en nutrition, alimentation et cancer. Président du mouvement « Familles de France » 

Condamnés donc, à reculer la date de nos ennuis... 
Ceci dit, on n'oblige personne à manger gras et sucré, à boire brûlant, ni à fumer ; sauf l'ignorance. 

mercredi 9 janvier 2013

Lutte des Classes, mise-au-point

Bien plus de choses ont été dites en un quart d'heure dans ce face-à-face radiophonique avec M. Bourdin sur RMC que dans le débat télévisé qui avait précédé sur France 2 la veille au soir. 

Sur la réalité de la lutte des classes, il faut dire que le Ministre dit "socialiste" du budget du gouvernement Ayrault avouait en direct  avec une candeur inouïe qu'il n'avait "jamais cru à la lutte des classes". Comme s'il s'agissait de croire et comme si on pouvait continuer de se prétendre Socialiste après un aveu pareil de mauvaise foi ! Dont acte, depuis trente ans qu'il est inscrit au P.S, M. Cahuzac trompe ses électeurs. Merci.

Cette réalité de la Lutte des Classes, Monique Pinçon-Charlot l'a souvent fait remarquer dans ses ouvrages, est déniée par ceux qui précisément en ont une conscience aiguë (les très riches). M. Cahuzac situe donc son camp.


Pour s'épargner un dialogue de sourds, voir le zapping de rattrapage 
(documenté et acide)


Il fallait aussi entendre M. Cahuzac affirmer avoir eu raison contre le peuple en 2005 -OUI au TCE-, avoir voté NON à Maastricht en 1992, contre le peuple encore une fois... Il fallait l'entendre sur le Smic par exemple, et cela nécessite une mise-au-point :  

  • Le Smic n'a pas été revalorisé de 2 %. Il a été réajusté de 1,4 % en juillet 2012 ce n'est pas une hausse ! C'est un rattrapage ! La compensation d'une perte subie ne vaut pas une hausse ! (Merci Gérard Filoche (P.S)). Durant un an, les salariés perdent du pouvoir d'achat. Quand ce rattrapage survient, en fait il ne compense pas ces pertes subies, il évite qu'elles continuent ! Ensuite il a été, il est vrai, ajouté 0,6 % de "coup de pouce" le 1er juillet en "avance" sur le... 1er janvier ! Puis, le 1er janvier c'est 0,3 %... en fait la hausse est de 2,3 % sur un an, déduit les pertes... or le 1er janvier, le gaz augmente de 2,4 % (80% en dix ans!) l'électricité de 2,5 %, les transports de 2,4 %, etc.. ce qui fait que dès le 1er janvier les smicards PERDENT du pouvoir d'achat, qu'ils ne rattraperont qu'avec retard, peut être ... en janvier 2014, mais vu l'augmentation de TVA en janvier 2014 ..... D'ici-là, leur niveau de vie réel baissera chaque mois.
Bref, il fallait le faire !



Puis vient cette émission, ci-dessous, d'un quart d'heure, qui se termine par un climax assez monstrueux, et qui laisse pantois le journaliste de RMC. Elle est intéressante car beaucoup de choses sont précisées par rapport à une émission télévisée qui ne fut pas une réussite, mal conduite qu'elle était par le modérateur (en a-t-on parlé, Yves Calvi aurait voulu tendre un piège de droite qu'il ne s'y serait pas mieux pris)*

Et à ce propos, je ne vois toujours pas en quoi les "tirades" de Jean-Luc Mélenchon, parce qu'elles ont de lyriques ou d'émotionnelles, seraient "démago", comme l'a encore dit Sylvie Pierre-Brossolette sur iTélé aujourd'hui, ni de clownesque, comme le lançait le très chahuté Jérôme Cahuzac dans le débat qui les opposa lundi 7 janvier dernier. 

Lorsqu'il s'agit de montrer les lignes qui clivent les sensibilités (le Oui/le Non au TCE, au TSCG) indiquer des sujets de lutte sociale au caractère scandaleux (Fralib, Peugeot etc.), il faudrait selon ces cul-pincés, s'indigner, ou décrire un système indigne selon un mode d'expression détaché ou glacé...

Pour ces gens raisonnables, ou raisonnés à +10 000 euros/mois, il faudrait en gros... que Mélenchon ressemble à Cauhuzac... qui resssemble à ses banquiers... 
Ce serait bien étrange et "déphasé", et je fais confiance aux chercheurs de poux : on lui en ferait bien vite le reproche.



*Sur le débat Mélenchon/ Cahuzac, je recommanderais le billet d'un étudiant de SC-Po Grenoble, Allan C. sur Agoravox

mardi 18 décembre 2012

Ma lettre à moi : "Le départ d'Dieu"

Je ne peux m'empêcher de faire mon Gérard à l'envers, là aussi en forme d'adresse au Premier Ministre... 



Je suis né en 1969, j'ai commencé à travailler comme artiste dramatique à seulement 23 ans. Je suis un auteur et un acteur. La première fois que j'ai payé un impôt, c'était un bon signe accueilli avec joie à déjà 34 ans. Les nombreux films historiques auxquels j'aurais dû participer, si le service public audio-visuel n'avait pas été démantelé, m'auraient révélé au public dans mon talent. Je vous ferai donc grâce des citations que je n'ai pas eu l'honneur de déclamer.

J'ai tout à faire ici, mais je ne cesserai de rester vigilant même si la raréfaction de l'emploi me pousse déjà à me centrer sur ma survie personnelle.

Je reste ! alors que la France m'a abandonné juste après ma formation publique : elle avait su s'organiser pour que j'aille manger au restaurant social, mais surtout pas pour que je trouve un emploi.
Je reste ! alors que je pourrais aller faire fortune ailleurs, que je ne paye que 4% d'impôt, et que je n'ai pas dépassé les 1800 €/mois, en encore les bons mois... Vous me direz qu'avec si peu de moyens en poche, difficile de quitter le pays...

Moi, si je gagnais plus de 30 000 €/mois, j'aimerais être taxé à 100%. Et puis je vous fais un aveu, qui me vaudra des ennuis peut-être. Je n'ai jamais payé l'Impôt Foncier : je ne possède rien. Je suis donc prêt à subir un contrôle et un redressement.

Mieux, je demande à ce que ma contribution fiscale soit plus forte ! Mais qu'elle ait du sens, enfin quoi... ça me bouleverse, comme dirait un grand acteur pour qui cette lande était Trop belle pour lui. 

Que mon Impôt sur le Revenu soit mieux à même de subvenir aux besoins éducatifs, de santé, d'infrastructures dont les particuliers et les entreprises ont besoin, dont la culture a besoin, dans ce pays que j'aime de moins en moins, moi aussi, vu le nombre d'égoïstes qui y pullulent. 

Mais je refuse qu'on destine ma contribution au plein remboursement d'étrangleurs de la force publique, ces établissements bancaires privés qui contraignent mon pays que j'aime à leur emprunter pour mieux être remboursés. 

Qui êtes-vous M. le Premier Ministre de François Hollande pour faire semblant d'ignorer l'intérêt supérieur de la nation, et ne pas nous jeter de vraies bouées de sauvetage depuis votre paquebot France, devenu pédalo France ? On se noie dans votre Europe, là. 

Oui, je suis furieux contre les dirigeants de tous ces pays soit-disant unis qui ont pris des décisions à l'encontre de tous nos intérêts vitaux depuis quarante ans. 

Les richissimes menacent de s'installer derrière les frontières ! Il y a donc encore des frontières ? Comme c'est bizarre... Celles qui limitent la circulation des hommes pauvres, mais s'aveuglent sur la circulation des capitaux ! Les frontières qui arrangent les fiscalistes et les policiers... ah, je comprends.

Ils s'en vont ? Qu'ils partent... Nous sommes un pays libre et les riches sont plus libres que les autres... 
Qu'ils partent ! Car il n'y a pas de place dans mon pays pour les banksters et les asociaux fiscaux. Qu'ils rendent leur passeport tout de suite et se déclarent apatrides. 
Que partent les égoïstes : au faîte de leur gloire, ils se prennent toujours pour dieu, ils se croient indispensables car banquables. 

Dans cette affaire je demande le départ des dieux."Nous créons des emplois" se targuent-ils... mais ne font qu'utiliser et profiter d'une ressource humaine disponible, par trop disponible, hélas, ça presse sur le prix de leur travail : leurs salaires trop petits, ils paieront moins d'impôts, et seront à plaindre. 
Certains richissimes ont la contrainte sélective. 
Ils l'évoquent à tout crin, alors qu'ils prônent par ailleurs les doubles contraintes, l'actionariale et la concurrentielle qui n'ont pas l'air de les gêner beaucoup celles-là !... ... 
Contraints de s'enfuir parce qu'ils sont obèses quand d'autres sont contraints de rester parce qu'ils sont faméliques. Le piège de la pensée. Prends donc l'oseille et tire-toi, eh maraud ! 

Ne pourrait-on pas offrir une aide au départ à tous ces riches Français asociaux qui veulent s'expatrier ? Je suis sérieux, ils nous coûtent cher, ils prennent de la place, ils font monter le prix de nos logements, ils polluent... 

Mon public, je ne l'ai quasiment jamais rencontré. Tout comme les employeurs, très peu rencontrés. Tapis qu'ils sont dans leur féodalité, ils ne se penchent pas sur "les minables". Trop occupés. J'aurai reçu toute ma formation sur les deniers publics de mon pays qui a financé ma qualité d'acteur. Je le remercie pour cela. J'ai fini mes études complètes dans une école nationale supérieure d'Art Dramatique, ça se paye ça, car je n'ai jamais déboursé un centime pour ma formation. Et une formation, quelle qu'elle soit, ça n'a pas de prix, et en particulier les formations de l'esprit. 

Il faut donc que l'esprit de certains soient bien déformés par ceci : la Comparaison. 

Tant qu'on donnera la possibilité à des gens, à des peuples, de se comparer avec ce que paie son voisin, on instaurera une injustice de fait, qui génèrera frustrations et comportements asociaux, le départ de ceux qui en ont les moyens. La question centrale est ici.

Ceux qui ont du cholestérol, du diabète ne sont plus nécessairement ceux qui sont gras. Ce sont à présent ceux qui mangent mal ; ça se paye, ça... 

Cependant, tous ceux qui quittent la France ne peuvent pas être injuriés. On n'a pas lynché la famille Auchan ou Bernard Arnault sur le départ après tout. Les acteurs, c'est commode, lorsqu'ils sont pauvres, ils profitent du système, et quand ils sont riches, ce sont des salauds. 

Ils sont victimes comme je le suis d'un système mal foutu.

L'Europe est arrivée à un tel point dans la glorification de la concurrence commerciale qu'elle opère à des mutations. Les citoyens se muent en traîtres et se demandent combien ils paieraient ici ou là. Les investisseurs industriels se muent en apothicaires et se demandent combien on peut économiser sur la rétribution de ceux qui travaillent ici ou là. Les cinéastes cherchent les figurants les moins chers. Les éditeurs cherchent l'imprimeur le moins cher.

Le citoyen européen qu'on nous vend est réduit à chercher, chercher comment dépenser toujours moins d'argent. Pas dans un yacht, un hôtel particulier ou une voiture, non, non : ...moins dans les contributions légales destinées au bien-être collectif. 

Partout où les Etats sont privatisés, l'impôt perd sa raison d'être. Demandez à un Italien et à un Suédois, vous n'aurez pas la même réponse...

D'aucuns me considéreront comme un minable, alors que je n'ai jamais fait de mal à personne. En neuf ans d'imposabilité, j'ai donné 6000 euros. 

Je n'ai pas les moyens de m'exiler, moi, sinon je vivrais à Vanuatu. Tant qu'à faire, partir c'est mourir un peu, alors autant que ce soit au soleil.

Malgré mes façons austères, ma fréquentation des magasins discount, je conserve un amour de la vie et je reste poli.

samedi 1 décembre 2012

Ecosocialisme en France, l'An I

Le Parti de Gauche créé en 2008 appelait ce samedi 1er décembre aux premières Assises de l'Ecosocialisme. Se dégageait là un enthousiasme qui tranchait sévèrement avec la pusillanimité qui règne en ce moment dans certaines sphères politiciennes. Au même moment, ironie du calendrier, le gouvernement français cédait une fois de plus aux sirènes qui réduisent Ulysse à l'impuissance, et décidait donc de ne pas nationaliser les acieries de Florange.

L'écosocialisme, il ne s'agit ni d'un gadget ni de marketing politique. Comme l'a rappelé Henri Pena-Ruiz (Marx, quand même ed. Plonet d'autres intervenants de qualité, ce parti politique a été fondé sur cet axe qui unit Ecologie-Socialisme-République, avec les tirets, indissociablement.

C'est à une perspective de convergence, ou de dépassement des divergences, que s'attellent Jean-Luc Mélenchon, Martine Billard et Susan George, Arno Munster, Jacques Testart, Michaël Löwy, Paul Ariès (c'est tout sauf un homme seul, qu'on se le dise). En cela, il confirme une cohérence dans la construction politique. Nous n'avons pas affaire à des fanfarons.

Mieux, car on parle de "crises" et non de "crise", il s'agit en 2012 en pleine crise de l'Europe, accélérée par la crise financière des dettes privées américaines du nord, de trouver une issue par le haut et tracer un avenir. Il s'agit aussi de déclencher une synthèse par ce projet aux enjeux ô combien contemporains, de la faire avancer au sein des organisations politiques de la gauche du "Non" dans notre pays, et par contagion à d'autres. Cette journée aurait pu avoir comme sous-titre, "l'avenir se prépare".
C'est à un aggiornamento historique du socialisme que Jean-Luc Mélenchon convie la société, adossé à une analyse marxienne de la crise du capitalisme. Pour confrontés que nous sommes à des comportements problématiques de l'humanité, qui n'a pas le même impact sur son environnement à 7 milliards d'habitants qu'à deux milliards, que faisons-nous ? On regarde, impuissants ? Confrontés que nous sommes, tous, et c'est même la seule égalité politique, à un système capitaliste qui a  non seulement pour symptômes le surendettement généralisé des particuliers, des entreprises et maintenant des Etats, mais surtout la sur-production, la sur-consommation et la sur-pollution. Car on ne le dit jamais, la face sombre de la société de consommation c'est la société de défécation... 

Le capitalisme qui est dans l'impasse depuis 2008 n'a aucun intérêt pour survivre à ce que les 99% prennent conscience des dégâts dont il est le responsable dans l'ombre, même si -il faut le concéder aux courageux contempteurs de ce système défaillant qui sont légion dans l'intelligentsia- la mer d'Aral aussi a souffert, et souffre encore, des maux du productivisme, M. Mélenchon le rappelait lui-même.

Discutant, confrontant les points de vue tout au long de la journée, Jacques Généreux a parlé de "4ème Voie". Et pas d'une nouvelle troisième voie, qui ne ferait que trouver un compromis social-démocrate entre Marché et Etat, entre Efficacité et Justice, toutes synthèses bancales entre deux principes opposés, etc, mais d'un nouveau contrat républicain qui ne s'dresse pas à la gauche mais à l'humanité, adossé à la conscience de l'homme du XXI° siècle, conscient d'un monde aux ressources limitées, qui ajouterait à son triptyque Liberté, Egalité, Fraternité, la Viabilité.
Hervé Kempf lui, trouvait que le « Manifeste des Assises pour un écosocialisme » mis à l'amendement ce jour était encore prématuré, qu'il fallait encore faire aboutir ce nouveau paradigme politique, que les Equatoriens appellent, par la voix de son ministre Gallego, présent à Paris, appelait le Socialisme du "buen vivir" et son contrat écologique. Pour cela, rappelait-il, leur Président Rafael Correa a d'abord fait modifier la Constitution du pays pour s'affranchir des dépendances financières extérieures qui brideraient tout projet de ce genre, comme le feraient ici les Traités européens. Puis il montré par le menu comment les moyens de productions agricoles ont été modifiés, comme tout cela a procédé, quelles lois ont contraint même les banques privées à participer au financement d'un RSA local, etc.

Comment doit être appelé la doctrine à laquelle se réfère le Parti de Gauche ? Néo-communisme comme le décrie nos adversaires ? Socialisme de gauche ? Ecoscialisme?  Ce dernier concept d'Ecosocialisme avait une histoire.
En 1974, déjà la déclaration de Cocoyoc débattait de « l'utilisation des ressources, de l'environnement et des stratégies de développement ». Puis Joël de Rosnay employait dès 1975 le terme d'écosocialisme pour décrire « une convergence des grandes politiques économiques et sociétales vers la protection de l'environnement ».


Plus récemment, Michaël Löwy co-écrivait ainsi avec Joel Kovel en 2001 le premier «Manifeste écosocialiste international», qui servira de référence au «Réseau écosocialiste international» fondé à Paris en octobre 2007. Puis, lors du forum social mondial de Bélem en 2009, est rédigée la «Déclaration écosocialiste de Bélem». C'est donc bien dans la volonté de se rapprocher un peu plus encore des révolutions citoyennes qui ont eu lieu, ou qui sont en train de se réaliser, en Amérique du Sud l'ancrage du Parti de Gauche que président Martine Billard et Jean-Luc Mélenchon. 

L'ordre commercial du libre-échange, carcan juridique et arme de destruction massive de l'environnement, doit être aboli dans sa forme dictatoriale qui pratique un internationalisme de mauvais aloi depuis plus de quarante ans. Il ne s'agit pas de se refermer sur soi. On peut continuer l'ouverture entre les nations mais coopérative, mais sur la base d'une autonomie retrouvée, alimentaire, financière etc. Ce paradigme nouveau structurera les futurs programmes de gouvernement écosocialiste alternatif qui piloteront des Economies solidaires. Cela nécessitera bien sûr, non sans une transition laborieuse, une conversion écologique et sociale nationale de nos moyens de production, en trouvant les outils pour le faire ou les fabriquer. Loin du maketing qui vendrait un rêve, ce projet vend plutôt un défi.

Cette transition ne pourra se faire que sur un long terme, en orientant les capitaux de façon stratégique. Cela est présenté comme un vrai projet de politique concrète, qui n'a rien à voir avec un quelconque gauchisme car ce projet ne peut se réaliser qu'en changeant le cadre constitutionnel et juridique. C'est donc bien un projet ambitieux de gouvernement, tel qu'on peut en voir les prémisses en Amérique du Sud. L'avantage sur les autres utopies, c'est que celle-ci est en cours de réalisation, et offre son expérience à une Europe désormais en retard sur le monde.  

Voilà qui devrait donner des idées aux autres organisations de gauche, dans tous les pays où notre Europe s'englue.  

Celle qu'on appelait la gauche du non, la gauche indignée, la gauche de la gauche, se verrait bien en la gauche éclairante du XXI° siècle, qu'on appellera alors peut-être au XXII° siècle, "... des Lumières".