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samedi 5 mars 2011

Le mythe du Départ


Il faut de temps en temps savoir écouter les Français qui souffrent ; et visiblement la souffrance sociale est bien partagée en France. Deux micros-trottoirs réalisés à Neuilly-sur-Seine (commune la plus riche de France par habitant, située à la frontière ouest de Paris) ont recueilli mon étonnement.
Donc, il y en vraiment qui ont des problèmes de riches. Installons-nous et rions un peu, à défaut d'en pleurer, écoutons les ravages que provoque la propagande ultra-libérale qui est à l'oeuvre en occident depuis plus de trente ans  sur le cerveau humain :
Exemple 1:


La classe opulente jalouse les placements et les profits réalisés par la caste des hyper-riches qui eux, ont accès à l'information nécessaire, et tout cela est regardé par la classe aisée, moyenne sup-sup, qui fait son marché à Neuilly et interrogée sur cette vidéo, se fait un plaisir de répondre à la quetion de l'ISF, se donnant des airs d'en être !


Dans ce parc étrange où ces exemplaires d'extra-terrestres bien nourris, où l'égoïsme anté-primal le plus parfait se manifeste de la façon la plus simpliste qui soit, on répète en chœur et en rimes que Si le fisc prend trop de sous, les gens riches vont partir et l'emploi va en pâtir. Il faut dire à la décharge de ces pauvres gens qu'on entend ça une dizaine de fois par jour, de la bouche des Mme Parisot aux Jean-Michel apathiques de toutes les radios. Eh bien, c'est faux... 
Il faut le dire en Anglais pour être compris ? It's fucking wrong.
D'abord, les riches partent déjà, sous forme liquide si je puis dire, puisqu'une part considérable de leur épargne (98%) ne va pas à la production réelle*. Et puis, pour ceux qui s'expatrient, un jour ils reviennent en France dès qu'il faut se faire soigner parceque la sécu, c'est quand même bien !

Et c'est aux USA justement que les plus riches étaient taxés à quelque 85% avant Reagan, et l'Amérique n'était pas un désert.

Si les plus fortunés partent l'emploi va en pâtir. Cette idée -si c'en est une- disons cette obsession... ce mythe a la peau dure. Il court les rues de Neuilly comme celles de Nice, Monte-Carlo ou encore Andorre (qui sont bien en France, oui, oui, il faudra même commencer à s'attaquer à ces principautés-villes là, selon moi anti-constitutionnelles, art. 1).

Jetons un œil plein de compassion sur cette réserve animalière située si près de nous, où le sport local consiste soit à frauder le fisc, soit utiliser les niches fiscales sous forme d'investissement dans les Dom-Tom et autres, tout en utilisant des comptes bancaires invisibles en paradis off-shore. Et pour les moins sportifs, le jeu consiste à racheter un bel appartement parisien Hausmannien et le découper en trois pour les louer super-cher à trois familles dans chacune 27 m2, ça rapporte infiniment plus que d'ouvrir un Livret A, n'est-ce pas ?

Alors, sont-ce les riches qui produisent de l'activité ? Le problème c'est que ce sont surtout ceux qui en tire les fruits.

Ceux qui produisent sont ceux qui vivent de leur travail. Or, on sait bien que les gens qui touchent + de 10 000 euros/mois (mis à part quelques chirurgiens et autres perles précieuses d'ingénieurs) ne gagnent pas ce qu'ils gagnent selon leur mérite, leur compétence, leur qualité ou leur travail. On les leur octroie
.Quelquefois, dans les très hautes sphères économico-industrielles, des conseils d'administration fantaisistes accordent des rémunérations fantaisistes (M. Carlos Goshn président de Renault touche 700 000 euros/mois). Quelquefois, c'est selon leur provenance socio-économique, selon leur entregent, selon leur naissance, leur origine géographique, le cercle où ils ont évolué, entre Neuilly et Puteaux par exemple, il suffit de vivre dans quelques kilomètres carrés, et enfin quelquefois, ils s'enrichissent selon leur façon de placer leur capital et de manœuvrer au milieu de cet aquarium de requins fous qu'est la finance. 

Sont-ce les riches qui apportent de l'argent frais en investissement ? Oui, mais pas aujourd'hui des individus, mais des groupes d'investissement comme Colony Capital par exemple ; et quand ils le font c'est pour exercer un pouvoir démesuré sur tous les acteurs sociaux de l'entreprise, dont les réductions d'impôts ne sont qu'une facette.
Le problème est que ce Groupe là, constitué d'actionnaires et par définition international, ne répond à aucun droit qui l'encadre.
Il n'obéit qu'aux lois du marché ! (chantier à ouvrir, merci à Jacques Généreux de m'avoir soufflé cette notion dont personne ne parle)

Et apportent-ils de l'argent frais, non, car leurs actifs, leur patrimoine, leur épargne sont investis ou ré-investis où ?... dans la finance ! Même pas sous la responsabilité de chacun, puisque le banquier les placera bien où il voudra. 

Tiens, en ce moment le grand terrain-de-jeu des investisseurs de cet argent-là, ce sont les Matières Premières et les Denrées Alimentaires, qui atteignent de tels sommets que 44 millions de personnes en plus cette année encore n'ont plus à manger ; ce qui porte leur nombre à 963 millions (source FAO).







C'est grâce à cette mentalité-là. C'est  M. Robert B. Zoellick, qui est Président de la Banque mondiale qui le dit : « Pour la première fois de l’histoire, plus d’un milliard de personnes se coucheront tous les soirs le ventre vide. » Pendant qu'à Neuilly on voudrait payer moins d'impôt sur le revenu, à Bamako, on crève de faim. Et ces braves gens de Neuilly-en-France voudraient en plus que la collectivité les épargne pour que leur Epargne serve à alimenter la spéculation meurtrière pour ces pays là et le nôtre ?
Est-il possible d'être à ce point prisonnier de ses représentations familiales, culturelles, voire paranoïaques parce qu'on vient d'un milieu aisé ? Ou serait-ce que le Figaro a soigneusement monté son sujet ?
Dans cette cour supérieure où la science est infuse, on va de mythe en syllogismes : "Jean Réno s'installe en suisse, c'est l'appauvrissement de la France". Mais qu'il s'installe où il veut ! Faudrait-il fermer les frontières ? Etonnant ces libéraux ... mais en sont-ils seulement ?
Exemple 2 :
En faut-il encore à tous ceux qui, comme sur cette vidéo -risible à tous points de vue- "comptent bien" devenir riches demain ? Auraient-ils besoin d'un camp de rééducation intellectuelle ? On siphonne de l'intelligence à l'ouest de Paris ? La leur a-t-on pompée ?






Sérieusement : dans ma grande naïveté je me demande encore comment ceux qui ont tant de facilité à gagner leur vie sont-ils aussi ceux qui ont autant de mal à en redonner une partie ? Admettez avec moi que s'ils se plaignent, eux, que devrions-nous dire, nous, qui gagnons notre vie si chichement, soit en s'usant la santé, soit en gagnant si peu, comme moi, qui ait touché 435 Euros le mois dernier, qui ne nous sentons ni valorisés, ni en capacité de transmettre un jour quoique ce soit à nos enfants ? 


Que devrions-nous dire ? Nos 4 % d'imposition à nous devraient nous sembler plus difficiles à consentir que leur 48% à eux. Et pourtant nous, on ne se plaint pas, car on a bien conscience que l'argent quand on en a, on peut aussi en faire mauvais usage et que tout le monde dans une société évoluée et développée doit contribuer au bien public à proportion de ses capacités. Même les riches et leurs gosses portent leur croix dans cette vie, l'épaisseur de leur compte en banque ne les empêche pas d'avoir de problèmes de coke et de se suicider, ni d'avoir les mêmes maladies que les autres humains. 
S'ils veulent vivre dans un enfer individualiste, ils en reviendront vite. Car en effet, pour finir, je rappelerai cette belle maxime de M. Albert Cohen : "L'or recouvre le cœur d'une couche métallique".


*Pour ceux qui en douteraient, se reporter à un tableau synthétique des statistiques sur les transactions financières dans le monde, par l'un des meilleurs experts français sur les structures financières, Francois Morin, Professeur émérite de l'Université de Toulouse, dans son livre à paraître : 
Un Monde sans Wall Street, Seuil, 2011.

jeudi 24 juin 2010

"Avec nous, ça ne passerait pas comme ça ! "

L'économiste Jacques Généreux

    

samedi 19 juin 2010

On s'arrête sur les images

mardi 25 mai 2010

III/Que la peur change de camp

Pour continuer sur ma lancée, je me propose d'analyser les termes et les propositions avancés par l'un et l'autre des débateurs de la semaine dernière, à savoir Jacques Généreux et Dominique Strauss-Kahn. Deux hommes de gauche.

J. Généreux L'esprit de Munich a envahi les têtes qui ...
envoyé par FranceInfo. - L'info internationale vidéo.



D. Strauss-Kahn, futur grand candidat, et en tous cas grand désiré de la presse et des médias français, se dit heureux que les institutions européennes aient pris peur :-"La peur c'est pas mal, ça permet de faire avancer tout le monde dans le même sens". L'effroi me saisit mais trève de sensiblerie.

Jacques Généreux, économiste du Parti Socialiste ayant rompu avec lui pour s'engager derrière Jean-Luc Mélenchon au Parti de Gauche, préconise au contraire que la peur change de camp. Que les banques privées preneuses de risque soient laissées en faillite et que nos Etats mettent en place des banques publiques (16' sur la vidéo stupéfaction au micro, journalistes hagards...). 

Selon lui, le principe est simple et respecte l'économie de marché : la responsabilité, l'éthique. Le rôle de l'Etat n'est-il pas de défendre les intérêts publics, et non les richesses privées ?

Nous aurions donc pu prendre les agences de notation à leur propre règles, en leur disant que les titres devenus nuls, dégradés par une note "grecque" (BB+), ne vaudraient d'être rachetés qu'à leur niveau. "Vous avez joué , vous avez perdu, vous n'aurez rien. C'est vous qui dégradez les titres..." Que la peur change de camp.

Plus loin, il précise justement qu'une partie du niveau de la dette étant due à la sur-spéculation financière, "elle n'a pas à faire pression" sur les comptes sociaux.

Voilà qui remettrait la responsabilité économique et politique au goût du jour.

Résumons-nous donc : nos pays ont donc été rendus accros à la dette, nos maladies contagieuses de déficits des comptes publics appellent à nos chevets des médecins qui nous font payer cher les consultations et les remèdes. Le projet européen imposé par Helmut Kohl dès 1986 est bien arrivé à ses fins, puisque les conditions de financement des pays sont soumises aux conditions du marché mondial et non aux conditions d'un marché interne Européen. Portes et fenêtres grandes ouvertes, risque de tempête prévisible.

Philippe Delmas, lui,* craint une chose en particulier : la Chine achètent encore des bons du Trésor mais peut-être vont-ils cesser de le faire : "S’ils se tournent vers un modèle de société plus proche du nôtre, plus orienté vers la consommation, ces pays vont par là même réduire le financement de notre mode de vie à crédit qu’ils fournissaient jusqu’à présent". Voilà qui nous rassure peu. Voilà même qui nous fait peur ! 


Comme s'il fallait absolument que nous continuions à vivre selon le même modèle de profit sur le dos de l'Afrique et de la dette. Comme s'il n'y avait pas d'autre solution possible. On commence à connaître la chanson.



Ces toujours pareil et c'est là où l'entretien de Généreux est rafraichissant : lorsqu'on nous parle d'économie, on emploie à notre égard pour nos oreilles effarouchées des termes simples destinés à nous embrouiller.

Or, ce sont toujours les dealers qui parlent. Mais le dealer a quelque chose à voir dans l'addiction de son client, et pendant que l'un "dope la croissance", l'autre s'enrichit. Pendant que l'Europe essaie  d'organiser ou de maintenir une protection sociale, l'Asie, qui n'a pas tous ses services, épargne, épargne, et même nous prête. L'Europe est donc  vue par les "mains invisibles du marché" comme un enfant en qui on ne peut pas avoir confiance, un garnement qui a des problèmes de croissance, qui a sûrement été empêché de grandir à son rythme...

L'Allemagne, elle, est une sportive qui court sous hormone de croissance, c'est-à-dire qui dope sa balance commerciale (+30 Mds d'Euros) grâce à une rigueur salariale -sur le dos de ses employés- qui la rend "compétitive" depuis dix ans au détriment de ses voisins, dont la France, avec laquelle elle s'entend si bien, c'est donc la paix, l'Europe, nous dit M. Strauss-Kahn...

Ceux qui courent moins vite comme l'Espagne, le Portugal, L'Italie et la Grèce par exemple, sont montrés du doigt par les médecins du F.M.I qui nous disent à la télévision qu' "ils font n'importe quoi, ils augmentent les salaires des fonctionnaires et les retraites" (cit. D. Strauss-Kahn, jeudi 20 mai 2010) 

En effet, on voit des pays faire vraiment n'importe quoi... Rendons-nous compte, augmenter les salaires et les pensions des gens qui vivent avec 750 € /mois !

Or, les bonnes gens ont compris que la richesse est, jour après jour, détournée, déplacée, transférée, un peu tous les jours, vers l'Action et l'Epargne. Si les revenus d'un pays productif comme la France n'augmentent pas c'est que certains intérêts n'y tiennent pas. Ce vol est devenu la règle.

D. Strauss-Kahn se félicite plutôt que l'Euro, qu'il a contribué à mettre en place, ait protégé "l'économie européenne" (les rentiers, les épargnants) pendant la crise des sub-primes (cit. même bonhomme, même jour)


Qui s'étonnera après ça que les biens portants, les cerveaux, les innovateurs fuient l'Europe ? Nos états sont condamnés à gérer le social, le chômage de masse, les déficits, en un mot les ennuis, et à se laisser dicter leurs politiques par les intérêts financiers devenus essentiellement privés. 
Nous citoyens, sommes condamnés à nous laisser enchanter par DSK-Sarko- et réélire les mêmes. 
Voilà l'état du monde en Europe aujourd'hui, cher habitant de la lune.

Dans ce concert européen, notre économiste du Front de gauche établit que si nous avions des hommes d'Etat à la tête de nos pays aujourd'hui -et pas des lavettes- nous pourrions faire changer la peur de camp. 

En ce début de mai 2010, les Etats européens tous d'accord (pour une fois !) pour mener de concert une politique d'austérité budgétaire et donc sociale. Ils ont peur. "Ils ont perdu leur honneur et ils auront la guerre", dit Généreux dès le début de l'entretien.  
Mais peut-être la peur est-elle déjà en train de changer de camp, puisque des personnes qui n'ont jamais rien entendu à l'économie commencent à y voir clair dans le manège et les formules enchanteresses. Dominique de Villepin avait bien raison de dire qu'il y a dans le pays aujourd'hui un sentiment révolutionnaire. C'est bien que la peur change de camp.

Ce constat est posé de façon sérieuse et brillante par l'économiste Jacques Généreux dans son ouvrage "La Dissociété" qui analyse ces mécanismes qui conduisent une démocratie présumée saine à choisir ce qui est le plus mauvais pour elle. 

Une croissance inégalitaire qui repose sur la dette des Etats et des ménages et dont on ne trouve pas l'issue, sans être grand clerc, est sûrement le signe d'une société malade, déséquilibrée, schizophrène, osons le mot, qui aurait peut-être besoin d'une cure de socialisme appliqué, à commencer par une reprise en main du politique sur les lobbys financiers, et que les élus s'exprime et agissent au nom du peuple qu'ils représentent.

Philippe Delmas : Lewis Carroll au pays de la mondialisation, in le Nouvel économiste.fr

La dissociété J. Généreux, livre de poche Points